Démarche

LA TECHNIQUE
Depuis 2017, l’ensemble des travaux sont des lavis marouflés sur papiers chinois. Le lavis est une peinture monochrome d’une seule encre noire plus ou moins diluée.
Le papier chinois est fait main à partir d’écorce de santal bleu ou d’écorce de mûrier. Les peintures sont réalisées sur ce papier plus ou moins sec, humide ou détrempé avec des pinceaux, des bâtons ou des brosses selon l’effet souhaité. La position du pinceau, la force et la vitesse jouent sur l’épaisseur et la netteté des lignes.
Les différents niveaux de gris permettent d’obtenir différentes profondeurs et d’intensité de lumière.
Le blanc est obtenu par l’absence d’encre.
De nouveaux traits complètent au fil des jours le résultat obtenu.
Ainsi se compose petit à petit le paysage en résonance avec les perceptions fugitives mémorisées dans la nature.
La difficulté principale du lavis sur ces papiers réside dans le fait qu’il n’autorise aucune correction. Chaque trait laisse définitivement sa trace sur le papier.
La recherche du juste équilibre entre des détails minutieux et d’épais traits vigoureux est une difficulté de la technique. Les jeux d’ombre et de lumière créent la forme.
Le lavis est une manière de travailler qui repose sur une maîtrise du trait ainsi que sur l’équilibre entre le vide et le plein. Le trait jeté avec vigueur sur la feuille suit un flux naturel. Une notion de spontanéité est donc omniprésente et correspond aux caractéristiques de cette technique.

LA DEMARCHE

1992 – LA GESTUELLE
dès 1992, c’est le début des toutes premières encres, peintes dès la fin de mon travail de comédienne et jusqu’en 2004.
Conscience, attention et mémoire des mouvements du corps dans l’espace habitaient mon for intérieur, Dès lors, prendre un pinceau pour exprimer mes émotions artistiques était la continuité naturelle de cette approche esthétique amorcée avec le théâtre. Je peins des corps abstraits en mouvement: dance du trait, souffle du trait, rythme du trait, le trait comme un corps qui se meut, pictogramme sur un palimpseste de mouvements enracinés…

2004 – LA TRANSITION, LE TRAIT
…après ces premières années de peinture en autodidacte, je ressens le besoin d’acquérir de nouvelles bases, d’autres savoir-faire.
Je m’inscris aux cours de C. Koenig et je m’oriente vers la peinture de paysage; encres, pigments et crayons. Le spectacle de la nature se transforme peu à peu en intuition paysagée. Son enseignement pratique s’accompagne de riches incursions dans l’histoire de la peinture. La découverte de textes chinois du XVIIème et plus précisément « L’unique trait de pinceau » du moine Shitao sont pour moi une véritable révélation. Je retrouve dans cet ouvrage les techniques de travail de ma formation théâtrale: percevoir et s’imprégner de ce que l’oeil observe, éprouver l’espace, en livrer le terreau, rechercher le geste juste à la résonance authentique.
Alors débute la recherche…
« On sait bien où l’on veut aller, mais on ignore quand, comment, par quel chemin on y parviendra. Inutile de s’en trop soucier d’avance; on verra bien… » Théodore Monod – naturaliste, biologiste spécialiste du désert.

2004-2015 – PAYSAGE, ESTAMPE GRAVÉE SUR BOIS
…durant ces années, je me familiarise avec différentes techniques de gravure: sur pierre, sur bois, sur plexiglas. Ces expériences me permettent de nouvelles prises de conscience. Les travaux seront exposés à l’usine de La Filature à La Sarraz…
« Si vous prenez garde aux salissures de quelques vieux murs ou aux bigarrures de certaines pierres jaspées, il s’y pourra rencontrer des inventions et des représentations de divers paysages, … et une infinité d’autres choses parce que l’esprit s’excite parmi cette confusion et qu’il y découvre plusieurs inventions, » Léonard de Vinci – chapitre XVI – Traité de la peinture.

2016 – PAYSAGE, ESTAMPES GRAVEES SUR PIERRE
…après avoir choisi une ardoise, je la grave partiellement. Je commence par peindre à l’encre, sur la pierre, les premiers traits du futur paysage en jouant avec les lignes gravées. J’imprime cette première étape en posant un papier fin, plus ou moins humide selon l’effet souhaité. Je laisse ensuite sécher, ou pas, ce papier. Puis je trace un nouveau trait d’encre sur la pierre, pour compléter le paysage d’une nouvelle étape d’impression. J’effectue plusieurs fois cet exercice, en complétant chaque résultat obtenu. Ainsi se compose petit à petit le paysage. Ce va et vient permet en même temps une distance nécessaire, comme un éclaircissement, afin de retrouver les perceptions fugitives présentes en moi. Ainsi chaque estampe est unique.
Ces travaux seront exposés en 2016 à la galerie de La Librairie Sylviane Friederich à Morges…
« Nature saisie dans la masse. (…) Vide d’arbres, de rivières, sans forêt ni collines mais pleine de trombes, de tressaillements, de jaillissements, d’élans, de coulées, de vaporeux magmas colorés qui se dilatent, s’enlèvent, fusentPréface d’Henri Michaux, « Zao Wou-Ki » Claude Roy, éd J. Goldschmidt, 1970

2017 – PAYSAGE – GRAVURE SUR PLEXIGLAS et TECHNIQUE MIXTE
…au printemps 2017, une série d’encres et gravures sur plexiglas seront exposées à la galerie du Théâtre du Pommier de Neuchâtel.
J’aime cette griffe d’encre noire sur le plexi, associée à l’encre du pinceau, gestes de décision, de flèches lancées qui parcourent de nouvelles perceptions et libèrent de nouvelles contrées…
« Les types imaginaires les plus divers, qu’ils appartiennent à l’air, à l’eau, au feu, à la terre dès qu’ils passent de la rêverie au poème, viennent participer à l’imagination aérienne par une sorte de nécessité instrumentale. L’homme est un tuyau sonore, l’homme est un roseau parlant.» Gaston Bachelard (La poétique de l’espace-1958)

LE PINCEAU, L’ENCRE, LE PAPIER
…en 2017, je suis les cours de peinture de paysage de la professeure Dai Guangying à la Chiniese Academy of Art de Hangzhou, en Chine.
Ce séjour va perfectionner ma connaissance des différents outils : pinceau, encre et papier. Je choisis, dès lors de travailler sur des papiers d’écorce de santal bleu ou d’écorce de mûrier avec une encre noire aux grandes capacités révélatrices. Les marouflages sont réalisés selon la technique traditionnelle chinoise.
Ce noir me parle inconditionnellement. C’est un noir chaud, qui produit des tonalités brunes. Un noir généreux, plein de contrastes, de potentiels chromatiques et d’expressions infinies. Il y a le noir profond, mis en évidence par la lumière qui est l’absence de noir. Il y a aussi ses multiples nuances qui, selon sa dilution, donnent une impression tamisée de lumière, une atmosphère de pénombre chargée de mystère, d’infini…
Après toutes ces années de vagabondage, le rythme de la respiration se ralentit, apaisé.

2018 – ENCRE – LAVIS
…l’enseignement de Dai Guangying me pousse sans relâche à questionner démarche et trajectoire artistique. Ses suggestions vont pas à pas prendre toutes leurs significations: « Ne reproduis pas un paysage précis, me dit-elle, cherche sans relâche à traduire les sentiments que t’inspire ce paysage,  tente de redonner l’esprit qui anime cette nature : les hurlements du vent, la force de la roche, le silence du marécage, le cri de l’oiseau, la paix de l’hiver sur le lac enneigé. »
Etant de culture occidentale, nos codes picturaux sont profondément différents. Malgré cela, l’esthétique chinoise de certaines pratiques de la peinture qui passe par la sensation et l’intuition,  processus de création décrit par le moine Shitao dans « L’unique trait de pinceau », correspond à des aspirations présentes en moi que je tente de traduire à l’aide de mes propres signes…
…dès lors, je m’applique à faire le lien entre mes anciennes habitudes techniques et ce que je viens d’exercer en Chine. C’est une étape difficile à franchir. Il s’agit d’intérioriser puis de faire émerger les entraînements de Hangzhou tout en gardant l’identité propre de mon travail.
Ce processus créatif est comme l’exploration des ténèbres, comme la descente dans cette caverne sombre des méandres intérieurs où chaque voyage est un départ à la géographie inconnue, pour apprivoiser l’obscurité, la traduire en mille et une nuances de lumière.
L’exposition en juillet à Kochi, au Kerala en Inde m’astreint à travailler sans relâche. L’urgence aide à se dépasser. Après cette exposition, l’exploration continue en différents formats qui seront présentés à l’exposition de Paris pour la fin de l’année 2018 et début 2019. Après un an et demi d’exploration commencée en 2017 en Chine, cette nouvelle étape me permet d’affirmer plus encore mon style.

2019-2022 PERCEPTIONS ET LUMIERES
Suivra, tout au long de 2019 la conception et l’impression du catalogue « paysage itinérant ».
Puis nouvelles immersions en atelier pour la préparation des expositions 2020/2021/2022 à Neuchâtel, Berne, Zurich, Loèche et Regen en Allemagne.

Le trait reprend une place importante dans cette nouvelle étape.

« Perceptions de nuances observées dans la nature
à métamorphoser sur le papier,
Mettre en forme par le trait
comme un rendez-vous avec l’équilibre.
Nouvelle agilité de funambule dans un espace abstrait.
Visualiser et faire simultanément.
Explorer l’ombre du geste,
faire exploser ce geste dans la lumière.
Faire danser la nature. »
C.B. avril 2021

 

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